Selon l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 700 milliards de dollars en 2024, soit environ 500 fois le budget actuel du maintien de la paix des Nations Unies. Ce chiffre alarmant reflète une tendance qui dure depuis une décennie : alors que les dépenses militaires continuent d'augmenter, le financement du maintien de la paix n'a cessé de diminuer.
En même temps, les conflits se sont intensifiés. À la fin de l'année 2020, un quart de la population mondiale vivait dans des pays touchés par des conflits. Aujourd'hui, on dénombre 61 conflits actifs, soit le nombre le plus élevé depuis 1946.
« Les faits sont clairs », a déclaré le Secrétaire général des Nations Unies la semaine dernière, « les dépenses militaires excessives ne garantissent pas la paix. Elles la compromettent souvent, en alimentant les courses aux armements, en accentuant la méfiance et en détournant des ressources qui devraient consolider les bases mêmes de la stabilité. »
Malgré une demande croissante de solutions pour la paix, « l’ONU a été absente ou marginalisée dans de nombreuses crises parmi les plus pressantes aujourd’hui. Dans les urgences passées, il aurait été impensable que l’ONU ne soit pas présente », a averti Jenna Russo de l’International Peace Institute, lors du débat public de la semaine dernière sur l’avenir des opérations de paix.

Réinvestir dans ce qui fonctionne
L'augmentation des dépenses militaires mondiales détourne des fonds essentiels à la fois des initiatives de développement, qui s'attaquent aux causes profondes des conflits, et des opérations de paix, qui restent parmi les outils les plus rentables et les plus efficaces dont dispose la communauté internationale pour gérer les conflits.
Il a été démontré que le maintien de la paix de l’ONU contribue à la stabilité mondiale à une fraction du coût des opérations militaires unilatérales. En réalité, nos déploiements coûtent environ huit fois moins cher qu'une opération militaire américaine comparable.
Il est important de souligner que « moins coûteux » ne signifie pas « moins efficace ». Le Secrétaire général décrit le maintien de la paix non seulement comme un outil qui sauve des vies, mais aussi comme un investissement judicieux. Tout au long de son histoire, le maintien de la paix de l’ONU a permis de prévenir la violence avant qu’elle n’éclate, de protéger les civils en période de conflit et de soutenir les transitions vers une paix durable une fois les violences terminées. La présence de Casques bleus réduit les pertes civiles et renforce la stabilité des accords de paix. Nous avons aidé des pays comme le Cambodge, la Côte d’Ivoire, El Salvador, le Guatemala, le Liberia, le Mozambique, la Namibie, la Sierra Leone et le Timor-Leste à sortir de leur conflit.
Le maintien de la paix de l’ONU est un outil particulièrement bien adapté pour réussir. En tant qu’acteurs impartiaux représentant l’action collective de la communauté internationale et non les intérêts particuliers d’une seule nation, nous bénéficions d’une légitimité et d’une crédibilité que d’autres ne peuvent pas toujours atteindre seuls. Nous pouvons également nous appuyer sur des décennies d’expertise dans la surveillance des cessez-le-feu, le soutien aux processus de paix, la protection des civils et le rétablissement de l’autorité de l’État. Ainsi, nous ne nous contentons pas de contribuer à mettre fin aux guerres, nous aidons à instaurer une paix inclusive et durable.

Une bouée de sauvetage pour des millions de personnes
Aujourd’hui, nous poursuivons ces efforts en République démocratique du Congo, au Liban, au Sahara occidental et au Soudan du Sud. Dans ces régions et ailleurs, les Casques bleus offrent protection, espoir et stabilité à celles et ceux qui subissent les conséquences dévastatrices des conflits.
Nous devons réinvestir dans ce travail essentiel. « Le maintien de la paix n’est pas un luxe, c’est une bouée de sauvetage pour des millions de personnes qui comptent sur lui pour un avenir sans crainte », a déclaré Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint aux opérations de paix

Quelle est la prochaine étape ?
Lors du débat public, les États membres de l’ONU ont qualifié le maintien de la paix « d’indispensable » et « d’irremplaçable ». Ils ont salué ses résultats et sa rentabilité, tout en reconnaissant les défis actuels: les missions sont déployées moins fréquemment et bénéficient d'un soutien moins unifié, en particulier dans un contexte de divisions croissantes au sein du Conseil de sécurité.
Trop de communautés portent aujourd’hui le poids des conflits, tandis que la paix et la sécurité mondiales demeurent précaires. Un renouvellement de l’investissement financier et politique est essentiel pour s’attaquer aux causes profondes des conflits et pour permettre au maintien de la paix de continuer à jouer son rôle en tant qu’un des outils les plus efficaces au monde en faveur de la paix et de la sécurité internationales. Sans un tel engagement, le maintien de la paix sera contraint d’en faire moins, alors que le monde a plus que jamais besoin d’en faire davantage.


