Arrivé le 06 octobre à Bangui dans le cadre d’une mission qui s’achèvera le 11, le Conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la prévention du génocide, Adama Dieng, a tenu, ce lundi 9 octobre à la base logistique de la MINUSCA, une séance d’échanges avec les éditeurs et responsables de presse centrafricains sur le rôle des medias dans un contexte post conflit, en l’occurrence celui de la Centrafrique où, hélas, des récurrences de violences dans l’Est du pays ont pu faire craindre le retour aux heures les plus tragiques de la crise qui a sévit dans ce pays.
« Je commence une visite en République centrafricaine en raison des informations reçues de la MINUSCA et d’autres partenaires faisant état d’une montée des violences intercommunautaires, d’attaques et de représailles opérées par des groupes armés contre les populations civiles dans plusieurs régions du pays », a d’emblée annoncé le Conseiller spécial. Adama Dieng a ensuite exprimé sa volonté de se mettre à l’écoute des uns et des autres et notamment des hommes des medias, afin d’obtenir « les réponses nécessaires pour réduire les tensions intercommunautaires et améliorer la protection des populations civiles ». « Ma démarche s’inscrit dans un objectif de prévention de la répétition d’atrocités criminelles » a, en substance, ajouté M. Dieng.
Les échanges avec les journalistes et patrons de presse ont par ailleurs porté sur les causes de résurgence des violences ; alors que certains y voient la manipulation des populations par certains politiques qui veulent conférer à chaque violence une dimension confessionnelle, d’autres s’inscrivent dans l’interprétation d’une Centrafrique « qui ne dispose pas de ses propres ressources alors livrées aux appétits des factions » qui ont tout intérêt à entretenir inlassablement la guerre. Les hommes des medias ont en outre exprimé leur souhait de voir la MINUSCA s’engager réellement à mettre hors d’état de nuire les chefs de guerre si l’intention de la communauté internationale est réelle de prévenir le génocide en Centrafrique.
Répondant à ces différentes postures, Adama Dieng s’est inscrit en faux contre une fatalité du génocide : « Le génocide peut être prévenu », a-t-il dit, appelant les journalistes centrafricains à être les vecteurs d’une « gestion constructive de la diversité », car « c’est le refus de l’acceptation de l’autre dans sa différence confessionnelle, ethnique, raciale ou culturelle qui est presque toujours à l’origine du génocide. » Mais le Conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la prévention du génocide insiste sur la nécessité du renforcement du système éducatif : « la manipulation des populations résulte très souvent de leur ignorance ; de leur défaut d’éducation », a souligné Adama Dieng, renvoyant la responsabilité de ce volet aux politiques qu’il rencontrera plus tard au cours de la même journée.
Les questions de la réhabilitation des Forces Armées centrafricaines (FACA) et de l’embargo sur les armes, auxquelles est assujetti le pays depuis le début de la crise, ont également été évoquées par les journalistes comme des pistes de règlement possibles des conflits récurrents. Mais Adama Dieng rejette ces affirmations en invitant les communicateurs à ne pas « idéaliser les FACA » qui ont, eux aussi et pour un grand nombre, été responsables de nombreuses atrocités et qui devront en rendre compte. » Car, a-t-il dit, il n’y aura pas d’amnistie (… ) il n’y aura aucun compromis sur la question de l’amnistie. » Il a en outre estimé que l’embargo sur les armes, au moment où il a été décidé, était « nécessaire » et que sa levée relevait de la décision du Conseil de sécurité « qui étudie sérieusement cette possibilité. »
Le Conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies a ensuite fait un plaidoyer auprès du ministre des Affaires étrangères, Armel Doubane, et du Premier ministre Simplice Sarandji pour que le Comité national de prévention du génocide et l’Autorité nationale des droits de l’homme soient dotés de moyens plus appropriés et de locaux afin de mieux remplir leur mission au service des droits de l’homme, de la paix et de la réconciliation. Adama Dieng n’a pas manqué de plaider pour le refus de l’amnistie, partageant le même point de vue que les autorités centrafricaines sur la question : « l’amnistie favorise la répétition des mêmes crimes », a indiqué le Premier ministre, affirmant la détermination de son gouvernement à s’engager complètement dans la reddition de comptes par les coupables de crimes répréhensibles.
L’agenda du Conseiller spécial a aussi été marqué ce lundi par un tête-à-tête avec le ministre de la Justice, puis par un échange avec le Président de l’Assemblée nationale avec lequel il s’est, entre autres, entretenu sur la nécessité de l’adoption d’une loi censée renforcer les pouvoirs et l’autorité du Comité nationale de prévention du génocide.
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Adama Dieng explore avec la presse des réponses pour réduire les tensions
- 10 octobre 2017

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